Habille-toi, t’es moche – Synthèse du texte de Michel Serres


Posted on October 23rd, by Benoit in Cuture G. No Comments

Habille-toi, t’es moche – Synthèse du texte de Michel Serres

Michel Serres est philosophe émérite, agrégé de philosophie, et membre de l’Académie Française. Invité par la Fédération des Industries de la Parfumerie, Michel Serres s’exprime sur le thème “le corps : esthétique & cosmétique.”

L’article suivant est une (très) courte synthèse du texte que vous trouverez en intégralité à la fin de l’article.

Michel Serres rompt d’emblée avec l’idée reçue que le corps serait une simple enveloppe, il appuie cette réflexion d’un historique pour mettre en valeur l’évolution du corps. Enfin, le corps est un élément culturel qui sert l’ idée  de la beauté.

“L’apparence : ce qu’il y a de plus profond.” En commençant ainsi, Michel Serres tranche des aprioris : le corps est plus spirituel qu’on ne le croit. Et cette apparente contradiction est justifiée par le changement.

Pourquoi nous habillons-nous ? L’auteur rejette l’excuse du climat, les Indiens d’Amérique de la région des grands Lacs du Canada étaient quasiment nus, rappelle-t-il. Si nous nous habillons, c’est parce que nous étions moches. Notre corps était soit rongé par la maladie ou le manque d’hygiène, soit déformé par des conditions de travail éreintantes. Cependant, voiler des imperfections visibles par l’habit n’est désormais plus nécessaire. En témoigne l’humanité occidentale “qui se vit nue et déshabillée sur les plages” selon l’auteur. Notre corps a changé.

Le moteur de ce changement : le progrès médical et le progrès technique. Les progrès de la médecine sont indéniables et amorcent une transition épidémiologique. Bref, alors que la cause principale de décès au début du siècle était infectieuse, aujourd’hui, ce sont les maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires selon INSEE 2009) qui sont en cause. Il ajoute avec humour, que c’est cette transition qui affirmera la santé comme droit exigible, faisant passer les médecins du statut de demi-dieu, à celui de responsable pénal.

Ensuite, le progrès technique avec l’accès à l’électricité permet l’hygiène. Ce qui assoit une nouvelle date importante dans l’histoire de la médecine : le moment à partir duquel les praticiens cessèrent d’envoyer systématiquement leurs patients à l’hôpital, où le confort et la propreté étaient supérieurs à ceux de la maison. De plus, le progrès technique améliore les conditions de travail, augmentant les forces de production et limitant les contraintes sur les corps des ouvriers.

On constate alors un véritable changement du corps. Les soldats de la Grande Armée de Napoléon, surnommés “les géants” par Victor Hugo, avaient une taille moyenne qui ne dépassait pas 1,50 mètre tandis que la taille moyenne est de 1,75 m en France en 2007 selon l’INSEE. De la même manière, si le corps s’est transformé, il ne possède plus le même temps vital, en considérant l’allongement de l’espérance de vie. D’où l’affirmation de Michel Serres en ces termes : “à cette transformation du corps a correspondu une transformation profonde de la société“. Ainsi, le corps est plus spirituel qu’on ne le croit puisque sa transformation a accompagné des transformations sociales majeures.

Ce changement de corps a pour conséquence un changement d’éthique. Une nouvelle éthique au sein de laquelle l’homme a un pouvoir sur son corps, ce qui étend ainsi le corps à un symbole de liberté. L’homme, par son comportement (manger, faire du sport, se soigner,…) devient responsable de son corps, ce qui peut cependant accentuer les inégalités (forte propension à devenir obèse dans les milieux défavorisés – INSEE). C’est sur ce nouveau corps que la croissance de l’industrie cosmétique a explosé. L’idée de devenir maître de son corps permet à Michel Serres de s’interroger sur le projet universel d’immortalité de l’homme avant de rallier le thème de la beauté.

A la manière du corps, la beauté n’est pas seulement une apparence. Elle est le reflet de la culture, selon Michel Serres. En insistant sur la beauté culturelle de la France, le philosophe explique la prospérité des industries de la beauté. Mais surtout, le corps sert l’idée de beauté. Et c’est aussi en servant cette idée que le corps n’est pas seulement une apparence superficielle.

Ainsi, la contradiction apparente (le corps est plus spirituel qu’on ne le croit) s’explique par le changement et se résout par la beauté.

La beauté sert à une face à devenir un visage.

Michel Serres

Le corps : esthétique et cosmétique-M. Serres from Benoit Cotte