La Green Lady Gaga et les Problématiques Cosmétiques


Posted on October 15th, by Benoit in Cuture G. 1 Comment

La Green Lady Gaga et les Problématiques Cosmétiques

Avec 1 162 232 vues sur Youtube, la vidéo “The Story of Cosmetics“, publiée en 2010 par les membres du projet “The Story of Stuff“, est probablement la vidéo polémique sur l’industrie cosmétique la plus connue au monde.
Plutôt que d’être prise comme parole d’évangile, cette vidéo a au moins la vertu de nous interroger sur les pratiques de l’industrie cosmétique (aux Etats-Unis) et nous permet ainsi de déterrer certaines problématiques intéressantes. Des problématiques qui pourront constituer des trames de fond pour l’ activité de Chroniques Cosmétiques.


Voici une version sous-titrée en français. Vidéo doublée en français mais avec une qualité de son moins bonne.

La personne à l’origine du projet est Annie Leonard. Surnommée la “Green Lady Gaga” (par le Sun Herald, je n’aurais pas osé…), elle est la créatrice du livre et de la vidéo Story of Stuff, plusieurs fois récompensée, à l’origine du projet éponyme qui compte aujourd’hui plus de 150 000 activistes. Pour Annie Leonard, la société consumériste et matérialiste actuelle a pour conséquence la destruction de l’environnement sans augmenter significativement le bonheur individuel. Sa conviction : une transition vers une société plus raisonnable passe par l’engagement du citoyen qui doit défendre ses intérêts.

Afin d’en savoir plus sur Annie Leonard, j’ai consulté Factiva, un outil assez génial qui agrège “35 000 sources et 900 fils d’agences provenant de 200 pays et disponibles en 28 langues” selon leur site. En fait, cela permet de parcourir tous les articles relatifs aux mots-clé recherchés. En tapant Annie Leonard et en choisissant la période 2010-2012 et le filtre USA : 52 résultats apparaissent. Une majorité des articles sont élogieux et beaucoup annoncent l’intervention d’Annie Leonard dans des conférences sur l’environnemnt. Seul le Washington Post taxe l’auteure à succès d’ être anticapitaliste et d’endoctriner la jeunesse. Une attaque à laquelle Annie répondra avec tact :

I am not against stuff. The fact that this is stuff is not bad. I’m actually for stuff. I want us to have greater reverence and appreciation for our stuff instead of just this mindless buying and chucking all the time.

(source : Mining Engineering magazine)

Je ne suis pas contre les choses (objets matériels). Le fait est que les choses ne sont pas mauvaises. Je suis en réalité pour les choses. Je veux que nous ayons plus de respect et une meilleure appréciation de ce que sont ces objets au lieu de les consommer et de les balancer à longueur de journée”.

Alors, cette diplomée de Columbia, a-t-elle raison ? A-t-elle tort ? Que vaut cette vidéo ?

Je n’ai, pour l’instant, pas l’expertise de discuter rigoureusement ses allégations point par point (comme ce qui est fait dans la vidéo de critique, plus bas) mais je pense que la première vertu de cette vidéo, c’est de nous interroger sur les problématiques qu’elle évoque.

Il y a d’abord la crise de confiance entre experts et consommateurs qui est largement mentionnée. Selon Annie, les experts cautionnent (par le manque d’évaluation, par des labels “bio” ou “naturel”) l’utilisation par les industriels de produits dangereux pour la santé et l’environnement. C’est la vision dépassée des industriels considérant la chimie comme remède miracle, qui motiverait cet emploi de produits dangereux. Sa résolution rapide par la formule “Toxins in/Toxins out” me paraît douteuse : le consommateur n’applique pas des ingrédients mais des produits finis complexes. Veiller à la sécurité des ingrédients est légitime, mais résumer la sécurité du produit à la sécurité des ingrédients qu’il contient me paraît un peu équivoque.

Ensuite, quelques phrases font référence aux dérives marketing du secteur cosmétique qui est en partie responsable de l’idéal de beauté.

“These are supertoxic. Both in their ingredients and in the message they send about what beauty is.”

“Ceux-ci sont supertoxiques. A la fois à cause des ingrédients qu’ils contiennent et du message qu’ils renvoient sur ce qu’est la beauté”

C’est une problématique intéressante que j’aimerais pouvoir approfondir au sein de Chroniques Cosmétiques.

Enfin, la vidéo met clairement en doute l’intégrité de l’industrie cosmétique. Le fait de former des groupes de pression pour défendre les intérêts du secteur n’a rien de choquant. Cela n’a rien de choquant tant que les intérêts des industriels servent aussi les intérêts du consommateur. Ce qui est allègrement remis en doute par Annie.

Voici donc les 3 principales problématiques soulevées par notre chère Annie :

- confiance avec les experts ;

- dérive marketing ;

- finalités de la commercialisation des produits cosmétiques.

Rq : j’ai été étonné qu’ Annie n’en profite pas pour taper sur l’expérimentation sur les animaux.

Selon l’auteure, les éléments de réponse passent par la transparence des ingrédients et des produits cosmétiques par la disposition d’outils comme des bases de données sur internet ; l’engagement citoyen, Annie appelle clairement les auditeurs à exiger une législation plus favorable aux consommateurs en se basant sur le principe de précaution (et prend pour exemple la législation européenne avec l’européen représenté avec un béret, une marinière et une cigarette :) ) ; le progrès de la recherche (chimie verte).

Une résolution simpliste serait de prétendre que le secteur cosmétique est un équilibre entre les trois parties suivantes : l’Etat, les industriels et les consommateurs. Ainsi, il suffirait de donner à chacun le pouvoir de défendre ses propres intérêts.

Mais avant de refermer cette page, voici la dark side of the moon : une vidéo qui critique de manière plutôt acerbe la vidéo d’ Annie.

Cette vidéo accuse Annie de baser son argumentation principalement sur les émotions du consommateur, d’utiliser des arguments faux, imprécis ou dont les sources sont insuffisantes. Je ne ferai pas de commentaires sur cette vidéo, je pense qu’il est important d’écouter les deux points de vue.

Cet article avait pour seule ambition de cerner certains points intéressants de l’industrie cosmétique à travers deux vidéos largement regardées sur Youtube. Plusieurs points ont été soulevés : réagissez sur l’un d’entre eux, apportez-nous votre point de vue.