Le Home Care – Comment Vous Allez Pouvoir Agir sur Votre Peau – Interview de Xiao Perry


Posted on September 12th, by Benoit in Business, Innovation. 2 comments

Le Home Care – Comment Vous Allez Pouvoir Agir sur Votre Peau – Interview de Xiao Perry

Interview-XiaoPerry by ElmaDzemaili
L’interview a été enregistrée en Anglais, cependant j’ai pensé que la retranscrire en français ne serait pas une mauvaise idée. Vous trouverez donc le transcript en français en dessous de l’intro.

C’est au SCUR 2012 (Society for Cutaneous Ultrastructure Research), conférence annuelle sur l’avancée des recherches sur la structure cutanée, que j’ai fait la connaissance inopinée du Dr. Perry Xiao. Rapidement, son activité d’entrepreneur dans le secteur cosmétique captive mon attention. On était déjà le dernier jour de la conférence, je lui propose donc d’improviser une interview dans le hall du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) où se déroulait l’événement.

Perry Xiao est directeur d’études du master de recherche en Ingénierie Electrique et Electronique de la London South Bank University. Mais il est aussi membre fondateur de Biox System, spin-off universitaire (start-up dont la création s’est faite au sein de l’université). L’activité commerciale de Biox System est de commercialiser des appareils de diagnostic cutané.

La conversation débute sur l’ avancée générale de la recherche sur la structure cutanée. Puis, le dialogue se recentre sur les appareils de diagnostique cutané. Ces appareils High-Tech n’échappent pas à la tendance, et c’est du potentiel social ainsi que du Home Care dont il s’agit. En d’autres termes, ces technologies vous permettront d’analyser vous-mêmes votre peau afin de pouvoir agir de manière efficace et lucide sur vos problèmes de peau, vos affections cutanées ou sur le rendu esthétique.

Le Home Care ou Self Care, défini par le NHS (système de santé anglais), est simplement le concept selon lequel les patients peuvent être soignés à domicile sans intervention physique d’un professionnel de santé et grâce à une assistance téléphonique ou autre (appareils de diagnostique).

Enfin, la conversation s’achève sur l’encouragement chaleureux du Dr. Perry Xiao aux jeunes entrepreneurs. Lui-même impliqué dans son projet d’entreprise Biox qui fut créée en 2000, ces conseils sont d’autant plus pertinents que son statut de professeur le situe à la croisée des chemins entre le monde académique et le monde de l’entreprise.

Transcript

Benoit : Pouvez-vous nous donner une vision d’ensemble de la recherche scientifique sur la peau ? Ce qu’on cherche à  découvrir, où en est-on maintenant?

Dr. Perry Xiao : La recherche sur la peau peut être généralement divisée en plusieurs domaines. Un premier domaine est celui des maladies cutanées. Ainsi la recherche est centrée sur la compréhension de la cause de la maladie pour essayer de trouver des remèdes pour soigner cette maladie.

Un autre domaine concerne la libération des médicaments dans l’organisme. Par exemple, il y a beaucoup de maladies pour lesquelles on ne peut pas prendre le médicament par voie orale, vous devez appliquer le médicament sur la peau. Cela ne concerne pas seulement des maladies de la peau, cela concerne aussi d’autres maladies, mais il faut tout de même appliquer le médicament sur la peau.

Ainsi, il y a le problème de la dose de médicament qui peut être libérée dans le corps puisque nous savons que la peau agit comme une barrière. De manière générale, la peau empêche pratiquement toutes les substances extérieures de pénétrer dans le corps. Il y a donc beaucoup de recherches sur la façon d’améliorer la libération du médicament dans le corps.

Il y a enfin un autre domaine, il concerne les appareils de mesures cutanées. C’est ce secteur qui nous intéresse. Nous essayons de développer de nouvelles technologies qui peuvent être utilisées pour mesurer les propriétés de la peau.

Par exemple, nous avons développé l’ AquaFlux,  qui est une technologie qui mesure la perte en eau transépidermique.  Et bien qu’il existe d’autres appareils sur le marché qui peuvent mesurer la perte en eau transépidermique, la plupart de ces appareils fonctionnent en chambre ouverte ainsi la mesure est influencée par les conditions extérieures, la température et le mouvement de l’air ; donc le résultat est plus approximatif.

Nous proposons un appareil avec une chambre fermée, muni d’un condensateur dans la partie haute de l’apareil, et qui permet une mesure indépendante de l’environnement. Cela apporte une meilleure répétabilité ainsi qu’une meilleure précision.

Le deuxième instrument que nous sommes en train de développer pour le moment est un capteur d’empreintes digitales (fingerprint sensor) basé sur l’imagerie de contact. C’est une technologie fondée sur la mesure de la capacitance, qui diffère de toutes les autres techniques de mesure d’eau cutanée. Cet appareil donne une image de l’eau à l’intérieur de la peau. Ainsi l’image vous fournit des informations sur la distribution de l’eau dans la peau, par où l’eau s’échappe, ainsi que la texture de votre peau.

Benoit : Est-ce déjà distribué dans les points de vente ou les magasins de cosmétique ?

Dr. Perry Xiao : Non, ces deux instruments que nous avons développés sont encore utilisés à des fins de recherche parce qu’il y a beaucoup de paramètres qu’il faut ajuster pour obtenir les résultats escomptés. Ce n’est pas encore dans un format qui puisse être utilisé par le grand public.

Benoit : Oui, je pensais au type d’appareils comme par exemple Lancôme  ”Diagnôs”, il y a aussi un appareil de Skinceuticals qui fonctionne grâce aux UV. Je pensais à ce type d’appareils qui sont distribués dans les points de vente ou les magasins cosmétiques. Vous ne ciblez pas le grand public, n’est-ce pas ?

Dr. Perry Xiao : Pas pour le moment. Nous nous concentrons sur la recherche afin d’aider les chercheurs à obtenir plus d’informations à partir des mesures.

Benoit : Que pensez-vous de la tendance concernant des appareils qui deviendraient mobiles, individuels ?

Dr. Perry Xiao : Bien entendu, c’est tout à fait au programme. Dans les prochaines années, nous allons voir de tels appareils qui vont être miniaturisés, devenir low cost et être simplifiés aussi. Mais comme pour tout instrument scientifique, il y a toujours un compromis à faire. Si l’on veut plus de fonctionnalités, plus d’informations, bien sûr l’appareil sera plus compliqué, plus difficile à utiliser et plus cher, si l’on veut un petit appareil plus simple et low cost, bien entendu il aura moins de fonctionnalités et sûrement moins de précision. Il y a toujours un compromis à faire. La réponse, c’est comment arriver à un certain équilibre. Donc si vous voulez vendre au grand public, pour un usage personnel et quotidien, alors il faut simplifier les instruments et choisir simplement un paramètre de mesure, mais un paramètre très précis.

Benoit : Peut-être que ce sera bientôt un outil social que l’on pourra partager avec ses amis, on pourra directement diagnostiquer quelle crème il faut appliquer et où il faut l’ appliquer.

Dr. Perry Xiao : Il y a certainement un engouement croissant pour ce qui est généralement appelé le produit Home-Care. Il y a un énorme intérêt qui se développe pour les appareils de diagnostique que les utilisateurs pourraient utiliser eux-mêmes à domicile. Beaucoup de maladies bégnines peuvent être diagnostiquées par le patient lui-même.

Benoit : Tout semble revenir au paradigme d’Eric Schmidt, le SoLoMo, qui signifie “Social, Local, Mobile”. Pensez-vous que l’on pourra bientôt appliquer le SoLoMo aux appareils de diagnostique cutané.

Dr. Perry Xiao : Oui je pense.

Benoit : Donc vous avez parlé des deux appareils que vous avez lancés lorsque vous avez monté votre première start-up Biox…

Dr. Perry Xiao : Biox est une spin off de l’université qui a été montée en 2000. Nous avons lancé notre premier produit Aqua Flux en 2002. Le capteur d’empreintes digitales (“fingerprint sensor”) est notre dernier produit, que nous lançons cette année.

Benoit : Avez-vous des conseils pour les jeunes entrepreneurs qui aimeraient rejoindre le marché ? Est-ce vraiment possible ? Quel investissement est-il nécessaire de faire pour entrer sur le marché ? Comme, bien sûr, ces appareils semblent relativement chers, est-il vraiment possible de rejoindre ce marché et de démarrer avec une start-up dans ce secteur ?

Dr. Perry Xiao : Oui, je pense que l’ on devrait toujours encourager les jeunes étudiants à rejoindre l’entreprise, à devenir de jeunes entrepreneurs, parce que c’est de là que viennent les nouvelles idées et que de nouveaux marchés sont créés.

Il y a quelques exemples. Bill Gates a monté Microsoft quand il était encore en première année d’université à Harvard. Steve Jobs a monté Apple quand il a commencé à faire son premier ordinateur alors qu’il était encore étudiant à l’université. Et le dernier est Mark Zuckerberg (ndlr : ok, le prénom a été un peu écorché) qui a monté Facebook dans les dortoirs à Harvard. La créativité vient de là, les nouvelles idées viennent de là. Bien évidemment, tous les jeunes étudiants devraient penser à devenir entrepreneurs dès leurs premières années d’étude. Toute la créativité vient de là. Mais il faut comprendre que ce n’est pas facile. N’importe qui ne peut pas devenir Steve Jobs, n’est-ce pas? Il y a des millions de diplômés qui veulent devenir Steve Jobs mais il n’y a qu’un Steve Jobs.  Pour tous ces entrepreneurs qui montent des entreprises, le taux d’échecs est énormément élevé. On parle, à peu près, d’au moins neuf échecs sur dix. Mais, il ne faut pas arrêter simplement à cause du taux élevé d’échecs.

Cependant, il faut aussi un environnement favorable. Il faut un soutien de l’université, il faut un soutien de l’État. Lorsque vous construisez votre entreprise, il faut quelqu’un pour vous aider dans la partie business, quelqu’un pour vous aider dans la partie finance et probablement quelqu’un pour vous aider dans la partie technologie. Construire son entreprise est laborieux. Vous avez besoin d’une expertise dans différents domaines. Il devrait exister beaucoup de plans établis par le gouvernement ou l’université pour donner ce soutien. Et soutenir un jeune étudiant qui veut monter son entreprise, ce n’est pas si cher. Par exemple, dans notre université nous avons un plan d’aide à l’entrepreneur. Ainsi, chaque année nous organisons une compétition pour les jeunes entrepreneurs. Si tu arrives dans le top cinq de l’université, l’université te donne un financement, soit 1000₤ (=1243,9€) par mois durant 10 mois, ce qui est assez pour que l’étudiant puisse vivre.

Benoit : Vous êtes en train de parler d’entrepreneuriat personnel ? Comme dans votre cas, il s’agissait d’entrepreneuriat universitaire, je me demandais …

Dr. Perry Xiao : Oui, l’entrepreneuriat personnel est normalement la première étape. Normalement vous ne pouvez pas concrétiser un projet important du premier coup, vous avez besoin d’un financement de démarrage à plusieurs reprises. Vous avez besoin de grossir en plusieurs étapes avant que cela devienne réellement important. Mais le point de départ est le moment le plus crucial, car en 12 mois vous allez comprendre si votre idée est rentable ou non. D’ailleurs, certaines idées sont très bonnes, mais ne sont pas rentables.

Benoit : Merci beaucoup!